1922 : « Année des merveilles »

Les années 20 sont une période phare pour la littérature mondiale. En attendant l’arrivée des surréalistes en 1924, focus sur 1922, « L’année des merveilles ». Côté roman, il y a bien sûr les bouleversements portés par James Joyce et Virginia Woolf… Côté poésie, 1922 est annus mirabilis, parce que, sous des latitudes distinctes, des écrivain·es transformèrent profondément l’écriture poétique occidentale, et ce en plusieurs langues, sans pour autant se côtoyer les un·es les autres à ce moment-là.

De l’anglo-américain The waste land de T.S. Eliot à l’hispano-américain Trilce de César Vallejo —mais cela avait commencé par la très brésilienne Semana de Arte moderna de São Paulo—, c’est l’ensemble du continent qui crée une dynamique capable d’irriguer toute la poésie contemporaine, dans et hors des Amériques.
Nous sommes face à des gestes de fracture et de remise en cause du poème.
Ponctuant les Imprévus du lundi et donc en hommage au centenaire de ces textes (mais aussi de ceux de Nicolás Guillén (Cuba), Gabriela Mistral (Chili), Salomón de la Selva (Nicaragua), Oliverio Girondo (Argentine), etc.), nous accueillerons une série de dialogues entre un·e poète et un·e critique littéraire, à la Cave Poésie ou par Zoom.

Comment rendre compte de ce « tremblement de terre » poétique, intérieur au mot, au vers, à la forme du poème, et éloigné pourtant de la virulence des textes-manifestes avant-gardistes qui jalonnèrent les années 20 ? L’année 1922 concentre sur le continent américain un champ de forces poétiques dont l’énergie est encore perceptible un siècle plus tard. En 2022, poètes et critiques nous inviterons à réfléchir ensemble dans une perspective historique et une lecture intime, impliquant pour les poètes un retour sur la texture/structure de leurs propres pratiques.



Découvrez ces rendez-vous :

Lundi 17 janvier · 21 h
> Rencontre avec le poète chilien Raúl Zurita en direct sur Zoom

Pour inaugurer ce rendez-vous autour de l’année 1922, Annus Mirabilis de la littérature mondiale, retrouvons le poète chilien Raúl Zurita (Santiago du Chili, 1950), avec à ses côtés le critique Benoît Santini (Université du Littoral Côte d’Opale). Un regard poignant pour évoquer la force d’attraction singulière de ce séisme sur la poésie contemporaine et sur sa propre poésie. Il a reçu de très nombreux prix dont le Prix national de littérature (2000) et le Prix Reina Sofía de Poésie (2020).

Lloré así y canté. Aullando los
perros perseguían a los muchachos
y los guardias los sitiaban.
Lloré y más fuerte mientras los
cuerpos caían. Blanco y negro
lloré el canto y su amor
desaparecido.

Canto a su amor desaparecido
J’ai pleuré et j’ai chanté. Les
chiens poursuivaient les gars en
hurlant et les gardiens les encerclaient.
J’ai pleuré plus fort pen-
dant que les corps tombaient.
Noir et blanc j’ai pleuré le chant,
le chant à son amour disparu.

Chant à son amour disparu

Lundi 21 mars · 21 h
> Rencontre avec la poète cubaine Nancy Morejón en direct sur Zoom

Pour ce deuxième rendez-vous autour de 1922, discutons cette fois avec la poète cubaine Nancy Morejón, et à ses côtés la critique Sandra Hernandez. Une interrogation sur la poésie caribéenne insurgée et la négritude, en particulier Nicolás Guillén dont le premier ouvrage date de 1922 justement, et une écriture de l’intime au féminin. Sa poétique est marquée par une insularité profondément ancrée dans la Caraïbe, un sentiment d’appartenance en relation constante avec les voix de son temps, de Guillén ou Lezama Lima à Césaire ou Glissant (qu’elle a traduit). Nancy Morejón est aussi lauréate du Prix National de littérature (2002).

Del siglo dieciséis data mi pena
y apenas lo sabia
porque aquel ruiseñor
siempre canta en mi pena

Piedra pulida
Du seizième siècle date ma peine
et à peine m’en doutais-je
car ce rossignol
chante toujours dans ma peine

Pierre polie

Lundi 28 mars · 21 h
> Rencontre avec le poète péruvien Marco Martos

Pour clore ce premier cycle sur 1922, conversation avec le poète péruvien Marco Martos, et à ses côtés la critique Modesta Suárez. Une analyse de cette révolution qui a désorienté définitivement les boussoles poétiques, et un retour sur son écriture, celle du discours amoureux, celle de la quotidienneté. Poète dont plusieurs traditions sont au coeur de l’oeuvre, critique et universitaire, Marco Martos a publié plus de vingt recueils, remportant par ailleurs le Prix National de Poésie en 1969. Il est président de la Academia Peruana de la Lengua depuis 2018.

Ayacucho es la sombra de la muerte,
una escalera interminable de cadáveres,
la muerte misma trepando hasta mi corazón
que vive todo el tiempo agonizando.

Retablo
Ayacucho est l’ombre de la mort,
un escalier interminable de cadavres,
la mort elle-même grimpant jusqu’à mon coeur
qui vit sans cesse agonisant.

Retable

Ce cycle est en partenariat avec le séminaire sur les poésies américaines contemporaines, POP (Framespa, Université Toulouse Jean-Jaurès).